Impacts de géocroiseurs : qu’est-ce que l’échelle de Turin ? 7


Notre planète, la Terre est vulnérable vis à vis des géocroiseurs. Quand j’énonce cette phrase, ce n’est pas pour dramatiser notre situation, simplement pour énoncer une affirmation. C’est dans ce contexte, plein de pragmatisme que l’échelle de Turin a été créée.

Le rôle d’une telle échelle est très utile afin de quantifier les risques. Il est cependant à prendre au sérieux car il ne faudrait pas générer des mouvements de panique à l’échelle mondiale

Je vous propose donc de la découvrir. A quoi sert-elle ? Comment est-elle gérée ? Est-elle fiable ? Et après tout, avez-vous déjà entendu parler de cette échelle de Turin ?

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Que sont ces géocroiseurs ?

Plus largement, on parle « d’objet géocroiseur ». Il s’agit ni plus ni moins d’un objet appartenant à notre système solaire et dont la trajectoire le conduit à couper l’orbite de la Terre.

Ces « objets » sont principalement des astéroïdes et des comètes. Et il y en a plein dans le système solaire ! Dans la majorité des cas, il s’agit du premier type d’objet. On parle alors d’ « astéroïde géocroiseur ».

Si vous souhaitez aller un peu plus loin dans le domaine, sachez que vous rencontrerez souvent l’expression NEO. Il s’agit de la traduction anglophone signifiant « Near Earth Objects ». Bien évidemment, dans le cas des astéroïdes, on parle de NEA (« a » pour astéroids (facile!)).

Existe-t-il beaucoup de NEA ?

Il y en a énormément ! Non, je vous rassure, la fin du monde n’est pas encore prévue. Sachez que les astéroïdes sont des corps plutôt courants dans notre système solaire. Il n’est donc pas rare d’en croiser.

En général, ces astéroïdes font plus de 50 mètres de diamètre. On les recense dès que leur orbite se rapproche de 1 UA (unité astronomique). Et ce n’est pas pour rien puisqu’il s’agit précisément de notre distance au Soleil !

Comme vous vous en doutez, il s’agit forcément d’un sujet d’étude pour la NASA. Cette dernière estime qu’environ un millier d’astéroïdes de plus de 1 kilomètre entrent dans ce cas..

 

D’où viennent les astéroïdes géocroiseurs ?

Oubliez les films de science-fiction ! Notre système solaire est un véritable jeu de billard … dont la partie se déroule sur plusieurs millions d’années.

Voici différentes possibilités qui amènent les astéroïdes à croiser notre chemin :

  • attraction solaire
  • collision avec une planète
  • résonance orbitale avec Jupiter (éjection dans système solaire interne)
  • impacts entre astéroïdes (dans la ceinture entre Mars et Jupiter ou ailleurs)

Qu’est-ce que l’échelle de Turin ?

Cette échelle permet de quantifier le risque d’impact avec un objet géocroiseur. Elle repose sur l’exploitation de plusieurs critères comme la taille de l’objet céleste, sa vitesse ou encore sa trajectoire.  Comme vous l’aurez compris, on ne parle pas que d’astéroïdes (il peut aussi s’agir de comètes). La détermination du niveau doit être antérieure au passage rapproché.

Sa répartition est très simple, l’échelle de Turin va en effet de 1 à 10 .

Voici ce que signifie le niveau 0 :

  • Tout va bien se passer ! Le risque de collision est négligeable ou sa composition ne lui permettra pas d’arriver jusqu’au sol.

Voici ensuite ce que signifie le niveau 10 :

  • Sauve qui peut ! Le risque de collision est certain (même pas probable !). Une collision va se produire et va générer un désastre à l’échelle planétaire.

Contrairement à l’échelle de Richter (que nous avons tous en tête), les niveaux indiqués ne peuvent être que des nombres entiers.

Évidemment, le système n’est pas binaire mais plutôt découpé en plusieurs plages:

  • Niveau 0 = AUCUN DANGER : tout va bien comme je l’ai indiqué précédemment. L’objet ne fait qu’être listé.
  • Niveau 1 = NORMAL : un risque existe mais improbable.
  • Niveau 2 à 4 = ATTENTION REQUISE : il faut que l’objet soit suivi par des astronomes. Si il s’avère que la trajectoire de l’objet devient dangereuse, le public doit être averti. Pour un niveau 4, on commence à entrer dans une zone de probabilité inquiétante (autour de 1%).
  • Niveau 5 à 7 = PHÉNOMÈNE DANGEREUX : dans ce cas, on considère que la trajectoire est rapprochée. de nombreuses dispositions doivent être prises comme la requalification constante du risque, la zone d’impact, la protection ou l’évacuation de populations.
  • Niveau 8 à 10 = COLLISION CERTAINE : Avec un peu de chance, la destruction sera régionale, sinon elle sera globale.

 

Chacun de ces niveaux peut être représenté par une couleur distincte :

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Echelle de Turin définie lors de l’accord de 1999 par l’Union Astronomique Internationale. Source : science.nasa.gov

 

Cette échelle a été adoptée depuis le 22 juillet 1999 par l’Union Astronomique Internationale (UAI en français). L’échelle a été proposée par Richard Binzel en 1995. Ce dernier était chercheur au Massachusetts Institute of Technology au sein du département de sciences planétaires.

L’idée était de mettre en place un système de quantification des risques d’impact. L’intérêt (et aussi le succès de cette échelle) sont dus à sa simplicité de mise en œuvre.

Les records de l’échelle de Turin

Vous l’entendez souvent dans les médias, un astéroïde va frôler la Terre. Ça arrive assez fréquemment. La plupart du temps, ces dernières passent heureusement très loin de nous.

Il y a cependant 2 contre-exemples:

  • Le premier record est détenu depuis 2007 par l’astéroïde Apophis. Ce dernier mesurait plus de 300 mètres et fut découvert en 2004. Les premières observations ciblaient un risque de niveau 4 pour 2029. Cependant, de nouvelles observations ont peu à peu écarté ce risque. A ce jour, son niveau est au niveau 0. C’est néanmoins le premier objet à avoir été indicé à plus de 1.
  • Le second record est attribué à l’astéroïde 2004 VD17 et a été indicé à 1. De nouvelles observations ont mené son niveau à 0.

 

Échelle de Turin : est-elle fiable ?

Comme je le disais ci-dessus, la mise en place de cette échelle est un succès. Elle a en effet été adoptée par l’UAI et est utilisée. Elle a même été couplée à des systèmes de recherche automatiques tels que Sentry et NEODys.

Avec le temps, il s’avère que cette échelle a produit de nombreuses fausses alertes. Ces dernières ont été largement relayées dans les médias. Malheureusement, elle risque peu à peu de perdre en crédibilité. Sa définition a été revue en 2005. Cependant, une alternative pourrait voir le jour. Il s’agit de l’échelle de Palerme.

Cette dernière fonctionne sur une base logarithmique. Son usage pourrait être plus intéressant. Cependant, sa mise en œuvre est davantage complexe.

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7 commentaires sur “Impacts de géocroiseurs : qu’est-ce que l’échelle de Turin ?

  • cloarec

    Bonjour, peut importe les échelles et les probabilités, le temps passe et dans un avenir proche ou lointain un géocroiseur rencontrera la terre , c’est dans la nature des choses,inutile dans avoir peur c’est exactement comme notre mort ,on sait que l’on va mourir, mais on ne connait pas le moment où elle nous emportera ?

    • planetenico Auteur de l’article

      Bonjour,

      Effectivement, inutile d’avoir peur; c’était (je l’espère) le sens de mon billet. Notre environnement spatial est loin d’être aussi calme et statique qu’on le croit il faut simplement en avoir conscience. Nous profitons (simplement) d’une sorte de période de stabilité de plusieurs millions d’années…

      Ce que je trouvais intéressant à partager était la faculté à quantifier les risques. De même, on s’aperçoit que les corps sont observés de nombreuses années à l’avance et que les risques sont ré-évalués en permanence.

      • cloarec gérard

        Merci pour votre commentaire ,en effet ces géocroiseurs sont surveillés ,à ce sujet j’ai lu que la nasa allait se servir du passage de l’astéroide « 2012 TC4 » qui va traverser le plan équatoriale entre la terre et la lune ce 12 octobre ,pour évaluer une riposte contre ces bolides,avez vous des infos sur la véracité de ces informations?

        • planetenico Auteur de l’article

          Bonjour,

          Oui ils sont surveillés, et plusieurs années à l’avance. Ce que je sais sur « 2012 TC4 », c’est qu’à l’occasion de son passage une nouvelle de méthode de suivi va être mise au point. L’objectif est de tracer cet astéroïde à l’aide de plusieurs télescopes (véritable réseau international) et de fournir les informations n’importe où dans le monde en « temps réel ».

          • cloarec gérard

            Bonsoir , merci pour vos explications, je n’y connaît pas grand chose en terme de mécanique céleste et en balistique ,mais je souhaitai savoir si l’hémisphère sud était plus exposée aux impactes que l’hémisphère nord?y a t’il des réponses à ce sujet, merci de votre aide.

          • planetenico Auteur de l’article

            Bonsoir,

            Pas de réponse précise sur ce thème. Je suppose cependant que le risque est le même. Contrairement à la Lune (qui a une face cachée), la Terre tourne sur elle même et autour du Soleil. Les risque peuvent venir de tous côtés car les objets géocroiseurs sont en orbite autour du Soleil.

  • cloarec gérard

    Bonsoir planetenico , merci pour votre réactivité, je ne suis pas souvent sur internet, »question de génération », mais j’avoue que c’est un outils passionnant .

    cdt gérard cloarec.